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Lectures savantes

Si la pratique d'écrire en marge du texte lu est ancienne, elle est plus précisément théorisée au début de l'époque moderne.

Les traités sur « l'art d'étudier » conseillent alors au lecteur de porter ses remarques sur le texte au fil de sa lecture. Ces notes doivent lui permettre de soutenir son attention, d'aider la mémoire et de faciliter l'exploitation ultérieure de l'ouvrage. L'intervention la plus fréquente est un simple balisage fait de soulignements, de croix, de flèches ou d'index pointés qu'on appelle manicules. L'usage de ces « notes muettes » est un point discuté des méthodes de lecture, car si les auteurs antiques en ont légitimé l'emploi, certaines pratiques comme le coup d'ongle ou la page cornée apparaissent manifestement indignes d'un bon lecteur. Au minimum doit-il s'astreindre à planter dans la marge quelques mots permettant de suivre le mouvement du texte. A l'inverse, certains lecteurs prolixes ont fait insérer des feuillets vierges entre les pages imprimées de leurs ouvrages pour augmenter leur espace d'intervention.


The Newe Testament of oure savioure Jesu Christ…, [Londres, Thomas Gybson ?], 1538

Sur un feuillet inséré dans un Nouveau Testament de 1538, le lecteur rassemble cinq colonnes de citations bibliques renvoyant à la figure de l'enfant, du lait, de la semence ou de l'élection. Ce tableau illustre la pratique savante des recueils de « lieux communs ». Il matérialise également un principe essentiel des études bibliques, celui de, l'autoexplication des écritures saintes, les textes s'éclairant mutuellement par des renvois en cascade.