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Des marginalia

Ovide, Nasonis metamorphoseos, Lyon, 1513

Le regard des historiens sur la note manuscrite a sensiblement évolué depuis un demi-siècle.

Dès les années 1970, les marginalia des lecteurs célèbres (Voltaire, Jonathan Swift, Samuel T. Coleridge, Charles Darwin ou Stendhal) ont fait l'objet d'éditions critiques : les notes documentaient leurs sources d'inspiration, leur manière de travailler. Aujourd'hui, l'attention se focalise sur les annotations de lecteurs plus modestes. Elles apparaissent comme un moyen de mieux comprendre les processus matériels et intellectuels à l'œuvre dans la transmission et dans l'appropriation des textes. Utilisées pour se repérer dans le volume, faciliter la mémorisation, apprivoiser un texte difficile, se révolter contre des thèses jugées dangereuses ou répondre à un auteur aimé, les notes manuscrites dévoilent une partie des stratégies du lecteur dans sa rencontre avec le livre.

Rien n'est pourtant simple. Au-delà des problèmes concrets de datation et d'attribution des écritures, la diversité des cas individuels semble défier toute tentative de synthèse. Est-il vraiment possible de fonder une histoire de la lecture sur des traces aussi minces ? Sans doute, car la prise de notes est loin d'être entièrement propre à l'individu. C'est avant tout une pratique sociale qui s'inscrit dans une plus vaste culture de l'écrit, celle de ses formes et de ses usages. A chaque époque, cette « culture graphique » est transmise par le système éducatif, déclinée dans les inscriptions urbaines ou la typographie ; les traditions familiales, les milieux sociaux et les sensibilités religieuses la nuancent ; l'individu la ressaisit dans ses propres écritures. C'est dans ce dialogue entre des modèles culturels partagés et l'expérience unique de la lecture que l'on peut interpréter le geste de l'annotation et les formes qu'elle prend.