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Les manuels de savoir-vivre et de spiritualité

Torquato Tasso, De la Noblesse

Les manuels religieux et de savoir-vivre constituaient une proportion non négligeable des ouvrages publiés aux XVIIème et XVIIIème siècles en Europe. Le lien entre ces deux catégories d’ouvrages a été considéré comme peu clair et problématique, en raison de leur proximité et des frontières ténues séparant idéaux religieux et vie laïque.

Les manuels de savoir-vivre et, après eux, les manuels d’étiquette à la réputation moins honorable, furent critiqués pour leur tendance à affaiblir le caractère au lieu de le corriger, plaçant ainsi le genre hors du champ des conseils ecclésiastiques moraux. Néanmoins, sans doute conscients de cette critique, les auteurs de manuels de savoir-vivre furent de plus en plus nombreux à arguer qu’un caractère respectable et franc ne se jugeait pas à sa seule capacité à « faire semblant ». La perception et la projection de la bonté étaient liées à l’intégrité du for intérieur ; l’harmonie et le calme apparents dépendaient entièrement de la pureté et de la sainteté intérieures.
A bien des égards, les manuels de savoir-vivre diffusèrent plus largement des discours religieux rajeunis, qui ne proposaient pas uniquement la paix intérieure, mais associaient celle-ci à un moyen « d’aller de l’avant » : des promesses humanistes classiques. L’accomplissement de bonnes actions, la foi en son prochain et la paix intérieure ponctuent sans cesse les discours relatifs à la noblesse, à l’honneur et au savoir-vivre. Cela suggère que, si les grands conflits de la Réforme et les guerres de religion se sont quelque peu apaisés en Europe, le débat crucial sur la question du salut acquis ou mérité s’est poursuivi sans relâche sous bien des formes.

A la lecture des textes suivants, on découvre le(s) univers du courtisan, du bourgeois et de l’érudit de l’Ancien Régime.