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Les manuels de savoir-vivre et de spiritualité

Portrait du Tasse

Puisant dans la tradition du roman de chevalerie qui les précédait, Machiavel, Castiglione et Érasme donnèrent un second souffle au genre en faisant feu des mécanismes toujours plus intriqués de la cour, de l’instabilité politique ambiante et de l’augmentation incessante du nombre de lecteurs instruits, ambitieux, faisant preuve de mobilité sociale et géographique. Le Prince de Machiavel (1513), Le livre du courtisan de Castiglione (1528), La civilité puérile d’Érasme (1530) abordaient tous divers aspects de la vie à la cour, et en particulier les manières d’y survivre et d’y prospérer. En dehors de ces noms bien connus, une pléiade d’auteurs, dont bon nombre étaient italiens, y allaient de leurs avis et sages conseils.

Au XVIIème siècle, le français s’imposa comme langue dominante des manuels de savoir-vivre, sans aucun doute sous l’influence du rôle prépondérant joué par la cour française sur la scène européenne. La portée et la diffusion de ces œuvres sont corroborées par le grand nombre de traductions. Le Galateo de Della Casa parut par exemple en Angleterre sous le titre de The Refin’d Courtier en 1679. Rééditions et réimpressions furent également nombreuses, ainsi que les citations qu’en firent les auteurs des XVIIème et XVIIIème siècles.

Tandis que les manuels de savoir-vivre jouissaient d’un lectorat toujours plus grand, les livres de spiritualité perdaient peu à peu du terrain face aux genres émergents. Comme l’on pourrait s’y attendre, les guides spirituels étaient généralement écrits par des ecclésiastiques, tandis que les manuels de savoir-vivre se nourrissaient généralement de l'expertise des courtisans. Ne dérogeant pas à la tendance marquante de l’édition au XVIIème siècle, les livres spirituels furent de plus en plus publiés en langue vernaculaire. Alors que les ouvrages publiés en latin prédominaient en 1600, ils ne représentaient plus que 5 % du marché en 1800.